












Originaire de Douai, Élise Ovart-Baratte vit à Lille depuis onzeans. PHOTO PATRICK JAMES : La Voix du Nord - Ce film, il vous a fait rire, oui ou non ?
« Bien sûr ! Et il m'a touchée ! C'est de la chaleur humaine, de la convivialité... Comment résister ? D'autant que je connais bien le patois ! Et que j'adore Dany Boon. Mais quand je l'ai vu pour la deuxième fois, je me suis dit : "Quelle image cela va donner du Nord - Pas-de-Calais ?" C'est mon sujet de préoccupation : le thème de ma thèse de doctorat et celui d'un DEA... » - Vous auriez préféré un drame sérieux qui finit mal ?
« Non. D'ailleurs, dans la région, on a dû supporter les histoires très dures de Bruno Dumont ou d'Arnaud Depleschin... L'image n'est pas très flatteuse ! Je respecte la liberté artistique, je ne suis pas critique. Mais je constate les effets... À cet égard, il paraît que les projets de comédie sont plus nombreux depuis le succès de Dany Boon. » - Ce qui vous met hors de vous, c'est l'histoire de la subvention... « Hors de moi, c'est un peu fort ! Je me suis tout de suite interrogée, comme une contribuable de base. Est-ce que le producteur avait besoin de cet appui ? Je ne conteste pas l'avance sur recettes du CRRAV, très bénéfique, mais la subvention de 600 000 euros. Alors que l'État se désengage du secteur culturel, est-ce qu'il n'était pas plus judicieux d'aider des troupes de théâtre, des groupes de musique, des écrivains en résidence ? J'avais pris connaissance des réserves de Jacques Bonnaffé. Et sur le site de LibéLille, le 17 février, j'ai pris position... » - C'est-à-dire ?
« C'est un assez long texte, argumenté, qui finit ainsi : "Dany Boon ne saurait être le meilleur vecteur d'une forte image du Nord Pas-de-Calais, tant il véhicule de misérabilisme et porte l'image d'archaïsme dont a pu souffrir notre territoire..." Donc, il n'est pas judicieux de subventionner ! » - Vous dites qu'au PS on a mal supporté votre point de vue... Que s'est-il passé exactement ?
« De façon anonyme, un camarade s'est fait un plaisir d'adresser ce texte à la fédération qui l'a transmis à la vice présidence du conseil régional. À l'occasion d'un lâcher de ballons, lors de la campagne municipale, j'ai été publiquement admonestée pour mon absence de sens politique et d'action collective... Puis j'ai reçu une lettre le 7 mars. On critique mon attitude de censeur, on me dit que ce n'est pas mon erreur qui est scandaleuse, mais mon manque de solidarité et d'action collective... Des copies de cette lettre ont été envoyées ici et là. » - Après ce pamphlet, comment rester secrétaire de la section du Vieux-Lille ?
« Dans un parti où un député peut se permettre de ne pas observer une consigne de vote sur la réforme de la constitution, on irait reprocher à une militante de base de donner son avis ? Ce livre, c'est le fruit de recherches personnelles qui ne datent pas d'hier... Lors du prochain congrès, le parti a bien d'autres questions à se poser ! » - À force de dénoncer les clichés est-ce que vous n'y succombez pas vous-même ?
« Si dire que relever le défi de la modernité c'est un cliché, alors oui, j'assume... » - On peut vous reprocher aussi de vous prendre très au sérieux !
« Vous connaissez quelqu'un qui vous répondrait : "Oui, je me prends très au sérieux ?" Ce qui compte, ce n'est pas Élise Ovart-Baratte qui se prendrait au sérieux ! Cette comédie véhicule une certaine image de la région et c'est un sujet sérieux... » - Vous parlez d'image, pas d'identité... « L'identité, c'est autre chose, bien plus complexe. Ça, j'en parle dans ma thèse... Ici, c'est à l'impact extérieur que je m'attache... Aux effets boomerang, surtout. » - Parmi les multiples efforts engagés pour changer l'image de la région, lesquels ont été les plus méritoires ?
« Pour moi, le grand tournant, c'est la candidature aux Jeux olympiques... La région a montré qu'elle pouvait jouer soudée, groupée. Auparavant, bien des efforts avaient été entrepris sous la houlette de Pierre Mauroy ou Michel Delebarre et Martine Aubry a pris le relais avec Lille 2004... Il y a eu le TGV, le Tunnel, et, surtout, ce souci de donner confiance et de créer du dynamisme... Quand je vois cela, je me demande comment peut-on être maso au point de voir vingt-sept fois Bienvenue... » - Vous évoquez sainte Rita à la fin du livre... La cause est vraiment désespérée ?
« Je suis inquiète parce que je sens un vrai relâchement dans le domaine de la communication... Il manque une stratégie globale, plus moderne. »
Éditions Calmann-Lévy, 150 p, 12 E.
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